F u T u R a

B e a u - D o m m a g e

De ceux et celles qui à divers titres, ont marqué l'histoire de la chanson au Québec, peu auront un impact aussi considérable, une influence aussi marquante et durable, et pour une si courte période active que Beau Dommage. le premier Charlesbois aura duré dix ans, La Bolduc vingt, Félix trente, Beau Dommage...cinq, encore qu'il ne se sera écoulé que trois ans entre la sortie de leur premier disque et celle de leur quatrième et dernier. A leur manière ils prolongent la Bolduc et Félix qui leur en a rendu hommage en chantant "La complainte du phoque en Alaska."

Trois ans, quatre disques et suffisamment de classiques de la chanson québécoise pour que L'ADISQ leur accorde son trophée "Témoignage" 1984, qu'aujourd'hui près de vingt ans plus tard, on s'en souvienne encore, que leurs chansons jouent encore à la radio, tant ici qu'à l'étranger, et que l'on en apprenne même certaines à la petite école, à coté "d'Au clair de la lune" et autres monuments. C'est dire jusqu'à quel point Beau Dommage a marqué.

Né en 1972 de l'oeuf "La Quenouille Bleue", une troupe de théâtre qui consacrait une partie de ses spectacles à faire de la musique , elle-même née à l'Université de Québec, Beau Dommage a survécu à la mort de la Quenouille. Le fait que Beau Dommage soit né à l'Université du Québec est important à au moins deux titres. D'une part cette université avait comme volonté, voire même comme manda, d'être une université populaire au sens populiste et de favoriser la mise sur pied d'activités pouvant avoir une résonance extérieure, particulièrement au monde d'animation culturelle dans lequel oeuvraient les membres de la Quenouille. En deuxième lieux, Beau Dommage est le seul groupe québécois à avoir été constitué en grande part d'universitaire. Tous les groupe précédents étaient formés de jeunes du secondaire , parfois du collégial qui fessaient de la musique comme on se fait du "fun" et qui, sans vouloir dénigrer d'aucune façon leur talent et leur propos, souvent ne cherchait pas à apporter à l'exercice de leur art les préoccupations et la réflexion auxquelles les membres de Beau Dommage se prêtaient.

Et encore il faut ajouter à cela que Beau Dommage est né dans la foulée de ce qu'il est convenu d'appeler, et ce à l'école de la planète "Les années soixante" et de la naissance des nouvelles préoccupations et valeur de rapport social et politique dans la "revue au monde" d'une nouvelle génération. À cet égard, plus que n'importe quel autre groupe, Beau Dommage est héritier de son temps.

Mais Beau dommage naît aussi héritier des réalités québécoises. Encore majoritairement rural à peine dix ans auparavant, le Québec urbain ne venait d'entrer dans la culture populaire que depuis 1968. Avec Tremblay et "les Belles Soeurs" avec Charlesbois et "L'Osstid'cho" la ville, avec ses habitants et surtout sa langue, prenait droit de cité. Beau Dommage, en utilisant une langue qui n'est pas le "jouale", mais qui n'est pas non plus celle que l'on chantait majoritairement à l'époque, aura cristallisé dans un corps bien à lui ces préoccupations qui ne s'étaient jusqu'alors manifestées que de la façon fragmentaire, même si manquante.

Beau Dommage est également héritier du progrès technique qui, né dans sa plus novatrice manifestation avec le "Spt. Pepper's" des Beatles en 1967 mettra trois ans à se réaliser ici dans le "jaune" de Jean-Pierre Ferland. Avec "jaune" naissait le concept du réalisateur, André Perry, qui pouvait donner suite a Michel Lachance (le groupe Martin québécois), réalisateur de la plus part des disques de Beau Dommage de même que ceux d'Harmonium et de plusieurs autres.

Toutes ces conditions réunies sans oublier bien entendu l'élément primordial de leur talent en tant qu'auteurs, compositeurs et interprètes, il n'est pas étonnant que Beau Dommage ait eu le succès qu'on lui connaît. Auprès des jeunes d'abord, qui les avaient connus a "Luducu" les avaient suivis a l'hôtel Nelson, entraînant d'autres jeunes à leur suite à telle enseigne que certains soirs on faisait la fille autour de la Place Jacques-Cartier.

Auprès des plus âgés ensuite qui les entendant à la radio AM (qui les avaient aussi adoptés) - Tellement que Yves Savard, alors gérant du groupe, avait dû téléphoner aux postes de radio pour leur demander de réduire la fréquence de passage - se reconnaissaient également dans les propos et la forme. En fait Beau Dommage aura été le seul groupe québécois à combler ce que l'on appelait "Le fossé des générations" plaisant à tout le monde et à son père.

Ceci expliquant cela. il est compréhensible que le disque "Beau Dommage" sorti en décembre 1974 , se soit vendu à près de 300,000 exemplaires au Québec, du jamais vu jusqu'alors, et que "Ou est passé la noce?" sorti en Septembre 1975, se soit expédié platine, avec une sortie de 110,000 exemplaires le premier jour au Canada . Puis éclaté entre le Québec et l'Europe, à cheval entre deux tournées et deux disques qui sortiront coup sur coup en Mars 77 pour "Un autre jour arrive en ville" et en Décembre 77 pour "Passagers", le groupe a décidé de prendre une année sabbatique.

C'était il y a quatorze ans, et sauf pour ces trois concerts à Québec et au Forum de Montréal où ils ont attiré 55,000 spectateurs en trois soirs, "l'année sabbatique" dure encore. Tout comme dure le souvenir de ces chansons extraordinaires que Beau Dommage nous a données en trois ans et qui, surtout pour celle des deux derniers disques, méritent d'être redécouvertes.

Copiright Jean-Francois Doré


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Paroles et chansons Beau Dommage de Beau Dommage

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